Aujourd’hui, dans notre société de consommation, les hypermarchés et le commerce électronique ont remplacé les magasins des corons. Et ces lieux de consommations n’appartiennent plus aux patrons des clients. Nous pouvons, de plus, librement faire jouer la concurrence (sauf dans les cas où les grandes entreprises, par exemple dans le domaine de la téléphonie mobile, s’entendent iilicitement) et rien (hormis l’assourdissant matraquage médiatico-publicitaire), ne nous oblige à consommer. Même le dimanche ;-)
 
    Mais comme les anciens magasins des houillères, ce sont aujourd’hui les organismes de crédits, qui nous permettent, en nous poursuivant partout, de nous maintenir nous même otages de notre propre mode de vie. Il n’y a rien de plus facile aujourd’hui que d’obtenir un crédit… Nous nous tenons, par notre consommation effreinée, dans l’illusion d’un grand confort matériel.
  
 Chaque acte de consommation endort notre conscience et renforce notre idée que le monde dans lequel nous vivons n’a pas besoin d’une transformation radicale. Ou bien qu’elle peut bien attendre encore un peu… Chaque dépense assure aussi les dividendes des actionnaires rentiers de la grande distribution. Et la paix sociale s’achète ainsi… Qui pourrait imaginer sortir seul de ce système ? Ne plus vivre à crédit ?

   La toute puissance de nos Maîtres, c’est nous qui l’assurons. Qui pourrait envisager aujourd’hui de vivre sans téléphone mobile, sans assurance, sans internet, sans GPS, sans satellite, sans piscine, sans fringues de marque, sans moto, sans bateau, sans vélo en carbone ? Qui voudrait gagner moins !!!?
  
   L’idéal de chacun devient alors économique. Pouvoir continuer à vivre, coûte que coûte dans ce système de valeurs. Cet idéal passe bien avant l’idéal politique qui imposerait de réfléchir à la construction d’une société et d’un monde plus justes, ou même de réfléchir à la conservation, à la survie de notre environnement commun.
  
   Comme au Moyen Age les serfs qui ne pouvaient quitter les terres de leurs seigneurs, les mineurs de Pennsylvanie, au début du siècle dernier, étaient condamnés à rester les otages de leurs patrons. Collectivement, aujourd’hui, nous avons fait le choix, en nous détournant de la chose politique, de rester les otages d’un système économique qui gouverne aujourd’hui toute la planète…
  
   Nous pouvons toujours faire le choix de continuer à vivre ainsi. Dans les pays du G8, nous avons la plus belle des vies et toujours la possibilité d’oublier le malheur des autres, et parfois le notre en voyageant dans les gondoles de supermarché. Mais si nous choisissons, malgré tout, de tenter une vraie transformation sociale, alors l’action politique ne pourra se concevoir que collective, unitaire et nécéssairement antilibérale



Xavier Marchand