Dans les mines de Pennsylvanie, au début du XXième siècle…
Par Xavier Marchand le mardi 14 août 2007, 14:39 - Contributions perso... - Lien permanent
« Les magasins des corons, les mineurs les appelaient des «
embuscades », car les prix qu’ils pratiquaient étaient d’au moins un quart
supérieurs à ceux rencontrés dans les villes avoisinantes. Mais si l’un d’entre
eux était surpris en train de faire ses achats ailleurs, il était aussitôt
licencié et mis à l’index. Outre qu’il devait s’habiller et nourrir femme et
enfants, un mineur était contraint de payer sur son maigre salaire ses propres
outils, la dynamite et le combustible pour sa lampe. Comme les magasins des
houillères faisaient crédit, les employés se retrouvaient vite endettés auprès
de leurs patrons, jusqu’au point de ne plus jamais pouvoir quitter le pays
minier. Et les arriérés ne les suivaient pas dans la tombe : leurs fils, puis
leurs petits-fils devaient souvent les rembourser.»
Tawni O’Dell, Retour à Coal Run

Tawni O’Dell, Retour à Coal Run

Aujourd’hui, dans notre société de consommation, les hypermarchés et le commerce électronique ont remplacé les magasins des corons. Et ces lieux de consommations n’appartiennent plus aux patrons des clients. Nous pouvons, de plus, librement faire jouer la concurrence (sauf dans les cas où les grandes entreprises, par exemple dans le domaine de la téléphonie mobile, s’entendent iilicitement) et rien (hormis l’assourdissant matraquage médiatico-publicitaire), ne nous oblige à consommer. Même le dimanche

Mais comme les anciens magasins des houillères, ce sont aujourd’hui les organismes de crédits, qui nous permettent, en nous poursuivant partout, de nous maintenir nous même otages de notre propre mode de vie. Il n’y a rien de plus facile aujourd’hui que d’obtenir un crédit… Nous nous tenons, par notre consommation effreinée, dans l’illusion d’un grand confort matériel.
Chaque acte de consommation endort notre conscience et renforce notre idée que le monde dans lequel nous vivons n’a pas besoin d’une transformation radicale. Ou bien qu’elle peut bien attendre encore un peu… Chaque dépense assure aussi les dividendes des actionnaires rentiers de la grande distribution. Et la paix sociale s’achète ainsi… Qui pourrait imaginer sortir seul de ce système ? Ne plus vivre à crédit ?
La toute puissance de nos Maîtres, c’est nous qui l’assurons. Qui pourrait envisager aujourd’hui de vivre sans téléphone mobile, sans assurance, sans internet, sans GPS, sans satellite, sans piscine, sans fringues de marque, sans moto, sans bateau, sans vélo en carbone ? Qui voudrait gagner moins !!!?
L’idéal de chacun devient alors économique. Pouvoir continuer à vivre, coûte que coûte dans ce système de valeurs. Cet idéal passe bien avant l’idéal politique qui imposerait de réfléchir à la construction d’une société et d’un monde plus justes, ou même de réfléchir à la conservation, à la survie de notre environnement commun.
Comme au Moyen Age les serfs qui ne pouvaient quitter les terres de leurs seigneurs, les mineurs de Pennsylvanie, au début du siècle dernier, étaient condamnés à rester les otages de leurs patrons. Collectivement, aujourd’hui, nous avons fait le choix, en nous détournant de la chose politique, de rester les otages d’un système économique qui gouverne aujourd’hui toute la planète…
Nous pouvons toujours faire le choix de continuer à vivre ainsi. Dans les pays du G8, nous avons la plus belle des vies et toujours la possibilité d’oublier le malheur des autres, et parfois le notre en voyageant dans les gondoles de supermarché. Mais si nous choisissons, malgré tout, de tenter une vraie transformation sociale, alors l’action politique ne pourra se concevoir que collective, unitaire et nécéssairement antilibérale…
Xavier Marchand





Commentaires
Oh combien tu as raison au sujet de la consommation de nos semblables, et combien nous aussi tombons dans ce piège diabolique. Pourtant, réfléchir sur sa propre consommation est à la portée de tout le monde, il suffit pour cela de se poser quelques questions avant de passer à l'acte : ce produit est-il vraiment utile ? va-t-il me faciliter la vie ou me la compliquer ? ne va-t-il pas engendrer d'autres coûts liés (abonnement, facture d'électricité...) ? quel est son impact écologique ?
En se posant ces questions, on se rend compte que bien souvent on peut se passer du dernier truc à la mode, ce qui a pour effet de renforcer son pouvoir d'achat (eh oui). Bref, n'en déplaise à notre (leur ?) président, j'incite mes concitoyens à consommer mieux pour travailler moins.
Et profitons du temps libre dégagé pour réfléchir encore et encore sur la façon dont nous vivons : ça peut pas faire de mal aux générations futures !
Dans un esprit proche, voici un texte de Carcapoil...
Pas de Victime sans bourreau!
"Nous vivons dans un monde stupide géré par des paranoïaques cupides au profit d’un très petit nombre d’individus (2500 à 3000 personnes contrôlent toutes les organisations publiques et privées de la planète – voir Geuens « Tous pouvoirs confondus » ed. EPO)
Bon d’accord. Une fois que nous avons dit ça, nous ne sommes pas plus avancés.
Ça dépend
Ça dépend du niveau d’énergie que chacun est disposé à consacrer pour sortir, même légèrement, du système oppresseur. Car c’est bien un système qui vampirise les énergies du plus grand nombre, chacun recherchant un abri où stocker du sang et des larmes, avant de se les faire prendre par d’autres.
Une chaîne aliénante du berceau à la tombe, accompagnée de jolies historiettes, refuges d’espoir, racontées par d’habiles collabos auxquels on fait miroiter les médailles dorées de la renommée.
Aux fil des siècles de révoltes, ils ont parvenu à nous persuader d’utiliser nos libertés politiques (arrachées à quel prix) pour leur conserver le pouvoir.
Le rêve démocratique transformé en mascarade.
Ils sont arrivés, à l’encontre de toute expérience, à convaincre(il faut dire que leurs équipes y travaillent 24 heures sur 24) l’immense majorité des peuples, y compris leurs opposants factices, de l’existence d’un Marché, inéluctable espace virtuel dans lequel tout un chacun doit sauver sa peau en arrachant des lambeaux de survie aux autres.
Bravo, messieurs !
Chapeaux bas devant les artistes de la manipulation.
Mais sachez que votre petit jeu ne marche que parce que l’on y croit
Il se pourrait bien, que, par inadvertance, d’aucuns (il faudrait mieux que nous soyons nombreux) décident de ne plus fonctionner dans votre truc.
Et si ces gens commençaient à désamorcer la pompe qui vous nourrit ? Car vous vivez exclusivement de la misère du monde.
Le monde n’a pas besoin de vous.
L’Economie, votre bréviaire, n’est pas une science, ce n’est qu’une vulgaire idéologie, matraquée en permanence dans la tête de vos sous-esclaves, esclaves, sous-chefs d’esclaves, chefs d’esclaves, super- chefs d’esclaves, etc…et dans la votre, car votre carcasse est tellement vide qu’elle vous donnerait le vertige si vous vous penchiez dessus.
STOP ! les enfants (car nous sommes tous les enfants d’autrui) ARRETONS !
C’est possible, pas facile, mais possible.
Il n’y a pas de bourreau sans victime.
Comment ?
Souvenez-vous le nombre de fois où l’on vous serine les chiffres(de toute manière faux) de la consommation des ménages.
Consommez c’est bon pour l’emploi !
Le magnifique piège à con. Le superbe cercle vicieux. Cela me fait penser aux garimpeiros de la forêt amazonienne, cherchant leurs traces d’or dans un désert vert, obligé de se nourrir auprès de leur receleur, propriétaire de l’alimentation générale, qui leur reprend ainsi tout ce qu’il leur a payé.
Quelle consommation pour quels emplois ? Nous sommes en pleine pompe à Shadocks
Ne pompons plus. Ou plutôt pompons différemment, et faisons le savoir.
Tapons où cela leurs fait mal : le portefeuille
Nous n’avons pas pu changer la politique, changeons la vie (cela va sans dire que nous nous occuperons encore un peu de politique, mais différemment. Nous en causerons une autre fois)
Ambitieux, n’est-ce pas. Utopique ! Vous avez raison, mais n’oubliez pas que nos critères de jugement sont les fruits frelatés d’une éducation sous contrôle, et que le plus efficace, du point de vue de notre adversaire, c’est de nous voir renoncer au combat.
L’épargne salariale française s’élève à 50 milliards d’euros (source MEDEF) gérée par des collabos, mais ne sommes nous pas tous un peu collabo.
Soyons le moins !
Au lieu de suivre les règles « naturelles » de la concurrence libre et non faussée, adoptons celles de la collaboration humaine, beaucoup plus efficace pour le bien être individuel et collectif.
Faisons un pas de coté (cela doit rappeler des souvenirs à certain)
De nombreuses personnes, depuis plus ou moins longtemps, exercent des activités alternatives (production, distribution, création, réflexion, etc …) qui nous permettraient en les fédérant d’une manière informelle, de déplacer une partie de notre quotidien hors du système mercantile. De nouvelles activités pourraient être crées, par l’intermédiaire et avec l’aide de nos réseaux.
Il ne s’agit pas nécessairement de relocaliser l’économie, car si nous luttons contre la globalisation financière, nous sommes favorable à la mondialisation humaine.
J’entends déjà crier quelques apparatchiks (comme ils l’ont fait à propos de la taxe Tobin) qu’ils ne sont pas là pour améliorer le capitalisme, mais pour le détruire. Ils n’ont pas complètement tort, mais pas totalement raison. Ils devraient faire un pas à coté de leur sectarisme.
D’autres diront qu’à partir du moment où nous maintenons des échanges monétaires, les méchants nous récupèrerons au bout de la filière. Disons qu’il y a quelques idées qui traînent, qui peuvent en surprendre plus d’un. En plus nous sommes capable de faire preuve de beaucoup d’imagination.
Il nous faudra être nombreux, mais ne sommes nous pas déjà des millions, en France en Europe dans le monde.
Il nous faudra être radical dans notre pensée mais relativement tolérant dans l’action (chacun d’entre nous possède des fantômes dans un placard)
Il nous faudra élaborer une charte comportementale (pas facile)
Il nous faudra faire preuve de prudence (ils sont très vicieux), être très créatif.
Mais basta !
De toute manière, Haut les cœurs, c’est parti !
Nous ne pouvons pas nous regarder le nombril en nous lamentant.
Un site qui servira d’interface est en cours d’élaboration.
Cela demandera un temps certain.
Nous avons besoin d’une somme colossale d’information pour remplir la coquille. Alors, si vous faites, si vous connaissez, si vous avez entendu causer, dans tous les domaines d’activités, envoyez. Même si cela peu vous paraître banal, envoyez, nous supprimerons les redondances
Ce n’est qu’un début ……
Bises à tous
Carcapoil
vivreagirpenserautrement(at)no-log.org"