Nous respirons un air côté en bourse...
Par Xavier Marchand le samedi 3 novembre 2007, 12:56 - Contributions perso... - Lien permanent
En voilà encore une formule racoleuse, limite populiste
pour accrocher le lecteur...
Juste pour lui faire lire un billet sur Powernext Carbone, une société qui échange en bourse des quotas de gaz carbonique rejeté dans l'atmosphère, ceci en application du protocole de Kyoto.
Ou comment, pour résoudre un problème de pollution mondiale liée à l'emballement d'une économie de marché débridée, on essaie de créer un marché supplémentaire. Les marchés essaient de nettoyer l'air que nous respirons, quoi.
Merci les marchés?Ben non... Bien sûr.
Et pourquoi ça ne marche pas?

Le but de ce système d'échanges de quotas qui a démarré à
l'intérieur de l'Union Européenne le 1er janvier 2005 était de réduire de 8%
les émissions de CO2 d'ici 2012, comme le prévoyait le protocole de Kyoto. Pour
donner une idée de la taille de ce marché juteux (qui subit la loi de l'offre
et de la demande et est donc sujet à spéculation financière), notons que
l'Union Européenne représente 75% du volume d'achat sur le marché international
du carbone.
En 2006, le marché mondial du carbone a atteint une valeur de 30 000 000 000
dollars (source banque mondiale), soit trois fois plus qu'en 2004 et bien moins
que demain.
Powernext Carbone a échangé plus de 382 millions de tonnes de CO2 en 2005. Voilà pour les chiffres.
Le problème, c'est que ce système de quotas (droit de polluer, ou tonnes de carbone que l'on est autorisé à rejeter dans l'atmosphère) est aujourd'hui remis en cause du fait de sa gestion par les marchés financiers.
En effet, depuis 2006, le cours des quotas de carbone (exprimé en euros par
tonne rejetée) n'a cessé de baisser: 25 euros en janvier 2006, 15 en mai , 7 en
décembre, 3 en janvier 2007 (le crack du marché du carbone avait fait grand
bruit parait-il !!!
), 0.88 en février... Et il n'est pas remonté
depuis.
On peut donc se payer pour rien du tout le droit de polluer.
Que s'est-il passé? Oh, ne vous affolez pas braves gens... On vous explique calmement que les prix se sont effondrés parce que l'Union Européenne qui "rodait" ce système a émis trop de droits à polluer pour la période 2005/2007. Les quotas étant trop généreux, le prix de la tonne de CO2 émise en dépassement a plongé. Il y en avait trop... Rassurez-vous, on nous annonce aussi que les chiffres seront revus à la baisse pour 2008/2012... Ce qui fera tout rentrer dans l'ordre...
D'ailleurs les marchés ont aussi encore anticipé cela (INCROYABLE!!!) puisque qu'on peut échanger en bourse des contrats à terme sur les crédits d'émission de Gaz à effet de Serre pour la période couverte par Kyoto (2005/2012). Tout cela à un cours qui est à peu près de 20 euros par tonne en ce début novembre.
On peut polluer quasiment gratos aujourd'hui donc, et pour pas cher, ou bien à crédit sur la période qui va jusqu'à 2012.
Mais il y a encore plus grave!!!
A côté de ces marchés où entreprises et institutions se soumettent à des réductions obligatoires depuis Kyoto, on voit apparaitre des marchés régionaux, dans les pays qui n'ont pas ratifié Kyoto. Comprenons bien: le marché se libère lui-même de ces quotas qui ne prennent plus la forme de crédits de pollution obligatoires mais de crédits volontaires. Or le marché de ces crédits volontaires est en constante croissance.
Les crédits de pollution (droit à polluer) pouvant être achetés sur les marchés volontaires aussi bien que sur les marchés soumis à réduction obligatoire, on peut craindre, par la simple loi de l'offre et de la demande, que trop de crédits disponibles sur le marché planétaire ne fassent plonger le prix du droit à polluer.
Voilà comment les marchés se libèreront de la limitation imposée par Kyoto.
Démonstration est encore faite que l'écologie et le libéralisme économique ne peuvent faire bon ménage ensemble.
Notre seule proposition globale pour éviter cette situation reste donc, plus que jamais, un dépassement rapide de ce type d'économie basée sur la toute puissance du capitalisme mondial.
Et c'est de plus en plus urgent. Le prix Nobel accordé à Al Gore ne diminue en rien l'urgence environnementale.
Pas plus que l'agitation médiatique autour du Grenelle sur l'environnement de Sarkozy...Xavier Marchand






