Bien entendu, le contrecoup de l'élection de Sarkozy était inévitable. Et le troisième tour social n'est une surprise pour personne.

   Pêcheurs, futurs médecins, gaziers, électriciens , fonctionnaires, profs, salariés de la RATP et de la SCNF, étudiants, victimes de réforme de la carte judiciaire. J'en oublie et il y en aura d'autres...

La mondialisation frappe de plein fouet notre pays et nos dirigeants sont confortablement installés sur le matelas démocratique des dernières élections. L' hypothèse antilibérale a volé en éclats. Et ce n'est pas l'approche des municipales et des cantonales qui va unir la gauche de la gauche...

   Alors ils font des miettes de notre modèle social et les plus dégourdis d'entre nous sont invités à se servir...

Sarko l'américain célèbre le modèle des USA basé sur la réussite individuelle et nous pouvons faire nos adieux à la société solidaire bâtie par les anciens du CNR et les Gaulliste sociaux. Kessler, idéologue du MEDEF, l'a écrit. Nous avons eu un temps la droite la plus bête du monde, nous avons aujourd'hui la droite la plus décomplexée et donc la plus déterminée du monde.

Imaginez l'énormité de l'enjeu! Avec la fin du modèle social français historiquement enraciné dans la Révolution française, c'est tous les pays du Sud qu'on va pouvoir essorer à grands coups de néocolonialisme ultralibéral... Le système atteignant ainsi ses propres limites. Toutes les richesses auront été dévorées. Et comme l'écrit l'indien, les hommes s'apercevront que l'argent ne se mange pas...

   Ils (les riches?) ne cèderont pas facilement, il y a trop à gagner.

Heureusement pour eux, pas encore de perspective politique pour nous. On a presque envie de dire que la situation n'est pas assez grave.

Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas encore une majorité de personnes pour s'avouer que la seule issue est l'abandon de notre mode de vie actuel qui repose sur des réalités qui ont cessé d'exister.

Demain ne chantera pas. Nos gosses vivront moins bien que nous. Le progrès technique de demain ne sera pas mis au service de toute l'humanité (EPR? OGM? Nanotechnologies juteuses et incontrôlées? ADN de répression?)...

   Face à ça on peut jouer l'autruche et continuer de nier la réalité. Se dire qu'on se trompe peut-être, et faire confiance. Encore... Rapetasser ce qui peut l'être. Mais demain, quand les services publics auront été foutus par terre, qui pourra mettre en oeuvre les politiques d'accompagnement social?

   Et ceux auxquels on achète la paix sociale aujourd'hui, dont beaucoup se désintéressent de la politique (on ne peut pas leur en vouloir) et font le lit du libéralisme en votant à droite ou pour les sociaux libéraux (quand ils vont voter)? Pardonneront-ils demain la régression sociale dont ils seront les premières victimes? Pour beaucoup d'entre eux, il n'y aura pas de 21 ième siècle doré. Ce sera un retour brutal vers le 19ième siècle de Zola...

Tout cela faute aussi de réagir à la triple urgence démocratique (néocolonialisme libéral et mépris de l'expression démocratique des peuples sur le Traité européen), sociale (paupérisation de toute la planète par une répartition de plus en plus catastrophique des richesses) et environnementale (réchauffement climatique durable!...).

   Appelons un chat un chat. C'est l'heure des changements profonds. On peut bien parler de Transformation Sociale, pour éviter de dire qu'il faut péter la gueule à l'état bourgeois, mais il faut que nous prenions une bonne fois pour toutes conscience que c'est bien vers une révolution qu'il nous faut aller. Et il faut souhaiter qu'elle se fasse plutôt par les urnes plutôt que par les armes.

Classiquement, face aux mécontentements, le gouvernement jouera la division, criera au corporatisme.

Il cèdera aux uns pour les lever ensuite contre les autres. Et on reverra la rituelle méthode de Sarkozy. De la com, encore de la com, toujours de la com (les infirmières bulgares, l'arche de Zoë, l'annonce d'un divorce un jour de grève historique à la SNCF, la standing ovation au congrès US...). C'est nous qui avons les bons arguments mais c'est lui qui arrive à convaincre les masses!!!

Pourquoi n'utiliserait-il pas la redoutable machine médiatico-publicitaire qui l'a porté au pouvoir et continue à nous abrutir méthodiquement pour nous éloigner des vraies réalités d'un monde qui court à sa perte faute de solidarité?

Que faire? Comme disait l'autre...

Nous devons nous assumer. Trancher des débats une bonne fois pour toutes, si on ne veut pas avoir à trancher des têtes demain. Pour éviter le retour de la barbarie à la faveur d'un cycle historique hélas bien éprouvé, disons-le tout net: Il nous faut une Révolution.

Ce ne sont pas les mouvements sociaux qui pourront l'obtenir, du moins, je ne le crois pas :-(

Dans le meilleurs des cas, ils feront reculer point pas point les libéraux qui nous taillent actuellement des croupières. Cela aura toujours le mérite de montrer l'attachement, parfois inconscient encore une fois, d'une minorité vagissante, à notre vieux modèle de société solidaire.

Mais si notre discours politique se fait un peu plus clair, plus audible car plus radical, plus audacieux enfin, nous donnerons une perspective politique à ces mouvements. Ils pourront être l'expression populaire d'un courant de pensée favorable à nos idées et voué à devenir démocratiquement majoritaire.

Nourrissons-nous de ce mouvement populaire pour nous convaincre nous-même de l'urgence qu'il y a à franchir un pas et du soutien que nous pourrions trouver parmi ceux qui manifestent aujourd'hui.



Xavier Marchand