Tout d'abord, c'est quand même extraordinaire qu'un parti politique largement majoritaire à l'assemblée nationale et au sénat et dont le discours est martelé à longueur de journée dans les médias nous enfonce chaque jour davantage dans la crise.

Car après tout, il n'y a rien de stupide à espérer que M. Sarkozy sorte le pays de la crise. Le problème, car il y en a un, est que ce n'est malheureusement pas ce que les gens ordinaires (ce qu'on appelait autrefois le peuple, avant que le libéralisme ne casse cette sémantique au "profit" de la notion d'individu) constatent au quotidien. Je souhaiterais presque avoir idéologiquement tort si nos adversaires politiques, avec leur soit disant pragmatisme, amélioraient la vie des gens.

Ce n'est hélas pas le cas, et la réalité pour les gens ordinaires, c'est une dégradation des conditions de vie au quotidien : une éducation au rabais (source de toutes les inégalités futures), un système de santé à deux vitesses (l'hôpital pour les pauvres, les cliniques privées pour les riches), des personnes de plus de 60 ans obligées à continuer de travailler pendant que des personnes de moins de 30 ans sont privées d'emploi. On pourrait multiplier les exemples à l'infini, tant les paradoxes du système libéral sont nombreux et évidents si tant est qu'on veuille bien ouvrir les yeux sur eux de manière un tant soit peu objective.

J'ose ajouter, même si ces idées ne sont pas à la mode (ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles ne sont pas modernes) qu'un bon indicateur du degré d'avancement d'une civilisation est le taux d'imposition, autrement dit l'argent mis en commun au profit de tous et non pas l'argent économisé au profit de quelques uns. A ce propos, la malhonnêteté est de faire croire aux gens ordinaires qu'ils ont tout à gagner d'une politique de baisse d'impots, alors qu'ils ont tout à y perdre : est-ce eux qui ont profité des 15 milliards de cadeaux fiscaux ? est-ce eux qui profitent des allègements de charges sociales qui ruinent la sécurité sociale ? bien sûr que non ! Par contre, ce sont eux, évidemment, qui constatent tous les jours un peu plus les méfaits de cette idéologie politique sur l'éducation de leurs enfants livrés à eux-mêmes dans des écoles qui n'en peuvent plus de dysfonctionner par manque de moyens, ce sont eux aussi qui sont soignés "au mérite" dans des hôpitaux bondés où la pénurie en personnel et en matériel se fait chaque jour plus cruellement sentir.

Mais bon, tout ça, on le sait, c'est la faute aux 35 heures... Vos "arguments", Noël X, sont malheureusement trop caricaturaux pour être crédibles. Ils démontrent pleinement les dérives populistes du pouvoir actuel dont le principal outil de gouvernance consiste à soigneusement entretenir la haine entre des gens ordinaires qui ne se connaissent pas et se jugent à travers le prisme des lunettes qu'on leur fournit - le prêt-à-juger complétant la panoplie du prêt-à-penser en quelque sorte - et le pouvoir sans cesse grandissant des médias à relayer un tel discours. En vous lisant, je ne peux que constater qu'ils y réussissent. Je le constate donc, mais je ne m'y résigne pas.

En espérant, Dominique, avoir répondu à vos attentes. Au plaisir de vous rencontrer lors d'une prochaine réunion publique que nous organiserons.