L’Amicus Curiae est, traditionnellement en droit, une contribution versée spontanément au débat par un tiers à une cause qui entend éclairer le décideur en tant qu’«ami de la cour». Oui, vous avez bien lu "ami de la cour", ça ne s'invente pas, et nous sommes bien au vingt-et-unième siècle.

Amicus Curiae, c'est aussi et surtout, pour cet humble billet, la signature de l'institut Montaigne, un vilain lobby qui se définit comme un think tank indépendant : ça fait quand même plus présentable. Si tu veux être mon amicus, clique ici pour voir comme je suis joli. :-)

Think tank, mot à mot en anglais, ça signifie réservoir de pensée. Ici, cette dernière est plutôt libérale. Quant au réservoir, il est visiblement sans fond, comme la bêtise humaine dès qu'il s'agit de protéger des intérêts privés. Et quand on prend la peine d'analyser la subtilité des arguments développés dans les "dossiers de l'amicus", on en vient rapidement à la conclusion suivante : pas la peine de traduire tank par réservoir, l'expression "tank de la pensée" est bien plus en adéquation avec la créature.

Ah, j'oubliais "indépendant"... mais nous y reviendrons !

Mais venonzenzofé, cré diou. L'Institut Montaigne a pondu une curiae, donc, avec tous ses amicus, intitulée "Eoliennes : nouveau souffle ou vent de folie", que je vous laisse déguster ici. Allez-y mollo, quand même, n'oubliez pas que le brassage du vent génère souvent de l'aérophagie et engendre des conséquences néfastes sur l'effet de serre :-(

Bon, ça y est, vous l'avez lue. C'est beau, hein, bien présenté et tout et tout. Normal, c'est fait pour ça. Bon, le fond détonne un peu, y a pas beaucoup d'organismes "indépendants" qui prétendent que l'énergie éolienne est une vaste fumisterie. Faut oser, quand même. De toute façon, on va pas tomber dans la bataille d'arguments, ce n'est pas le sujet du jour.

Non, ce qui nous intéresse ici, c'est "Pourquoi tant de haine contre une énergie propre ?" C'est vrai, autant les gouts et les couleurs, c'est personnel, autant le fait que les éoliennes ne rejettent pas de déchets, c'est irréfutable. A la limite, on peut considérer qu'un champ d'éoliennes, ce n'est pas joli, ou qu'il ne fait pas bon vivre à côté, mais personnellement, si j'ai le choix, je préfère vivre sous une éolienne que sous une ligne THT ou à proximité d'une centrale nucléaire. Sourire avec les lèvres gercées par le radium (merci Desproges) ou voir mon corps soumis à un champ électrique intense, très peu pour moi. :-(

Bon, d'accord, je caricature. Quoi que : Allez voir ici ce qu'on peut faire avec un "néon" sous une ligne THT, vous serez surpris... Bon, vous voulez un argument plus sérieux, un truc béton bio (tiens ça c'est à inventer...). D'accord, c'est tout simple. Démontez votre ferme éolienne et vous vous rendrez compte que la nature reprend ses droits. Vous n'hypothéquez pas l'avenir des générations futures avec 400 ans de déchets radioactifs.

Mais au fait, pourquoi j'arrête pas de dériver vers le nucléaire ce matin, alors qu'on parlait de l'énergie éolienne ? Ah oui, je me rappelle maintenant, c'est parce qu'entre-temps, soucieux de vérifier l'indépendance de ma nouvelle bande d'amicus, j'ai cliqué ici, et je me suis rendu compte que Madame Ana Palacio faisait partie des membres du comité directeur de l'institut Montaigne. Rappelons que le Comité directeur s'assure - c'est lui qui le dit - de la cohérence des publications et de la qualité scientifique et éditoriale des travaux. Or, il se trouve que par ailleurs, mais il ne peut s'agir évidemment que d'une mauvaise coïncidence, Madame Ana Palacio est aussi membre du comité exécutif d'Areva, puissant acteur de l'industrie du nucléaire.

Un think tank indépendant, donc. C'est-à-dire suffisamment puissant pour imposer les intérêts de ses membres à n'importe quel gouvernement libéral. A l'aide de jolies plaquettes destinées à nos ministres, nos députés, nos maires, pour les aider à faire passer le message anti-éolien dans la population, à organiser des manifs exploitant la méconnaissance des connaissances quant aux enjeux énergétiques de demain. Ainsi va la démocratie quand les états sont à la botte des multinationales. Quand le marché s'auto-régule sous le regard bienveillant des états.

Bon, pour finir sur une note d'espoir, allez quand même lire ici le dossier réalisé par Greenpeace intitulé "Révolution Energétique" : je ne sais ce que vaut cette organisation et à mon niveau je n'ai aucun moyen de vérifier son indépendance. Reste à la juger sur ses actes, en l'occurrence ici à étudier sa contribution au débat en question. Et là, niveau cohérence et vision à long terme, faut reconnaître que y a pas photo : n'en déplaise à la couche d'ozone, ça pète quand même nettement plus haut. :-)